Web-documentaires : inventifs mais fragiles (interview) | :: Espritblog ::
Web-documentaires : inventifs mais fragiles (interview)
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5 mai 2009
Voyage au bout du charbon, Thanatorama, The places we lives… Le web-documentaire commence à faire son trou doucement sur la toile. En jouant sur la caractère protéiforme du média web, en favorisant la participation et l’interactivité, en variant les registres de la narration, le webdocu (pour les intimes) cherche, comme son cousin de la télévision, à offrir à l’internaute un autre regard sur le monde.
L’ambition journalistique est louable, mais la question du financement reste problématique. Soyons clairs : en France, la plupart de ces projets n’existeraient pas sans les subventions publiques du CNC ou de la SCAM. Surtout au vu de leurs fréquentations modérées : la vidéo de Susan Boyle doit écraser de tout son buzz l’audience de tous les web-documentaires du monde entier. Pas évident de concilier financièrement une logique d’exigence sur le fond et sur la forme dans l’économie actuelle d’internet…
Sur cette question, Emiland Guillerme, étudiant au Celsa, fait un travail de veille très intéressant au travers son blog WEBDOCU. Il traque les bonnes idées et les dernières tendances, notamment outre-atlantique. Cela valait bien quelques questions.
► Espritblog.com : un petit mot sur toi, ton parcours, ton blog. Pour quelle raison as-tu commencé à t’intéresser à l’univers du web-documentaire ?
Emiland Guillerme : J’ai 26 ans et j’ai fait des études l’histoire avant de me tourner vers le journalisme. Je me suis vite intéressé à l’histoire de la presse et c’est en prenant conscience de la révolution qu’elle allait vivre que je me suis concentré sur les innovations, notamment au niveau du récit. J’ai fait un mémoire sur les blogs de journalistes, puis je suis parti un an aux Etats-Unis, où j’ai suivi des cours de web-journalisme et de photo. C’est cette immersion dans les médias américains qui m’a permis d’observer l’avance qu’ils ont dans ce domaine. De retour à Paris, j’ai voulu partager mon enthousiasme à travers mon mémoire et notamment le blog qui l’accompagne. Grâce à lui, j’ai été contacté par Capa où je suis en stage pour quelques mois au service du développement numérique.
► Sur ton blog, tu répertories pas mal de projets, en essayant de dégager les points forts. C’est quoi exactement un web-documentaire ? Est ce qu’il y a des tendances qui émergent ? Un type de format qui se dégage ?
Impossible de dire ce qu’est exactement un web-documentaire. Il y a des innovations tous les jours et aucun critère déterminant ne se dégage. L’interactivité ou la multiplicité des clefs d’entrée dans le récit ne font pas d’une infographie un web-documentaire ! Les frontières sont parfois floues. Moi, j’essaie surtout de parler des innovations. Sur le format : à mon avis, c’est clairement le diaporama sonore qui constitue le gros des troupes de la production multimédia en ce moment. Et c’est compréhensible ! Mis à part le fait que c’est moins cher, la photo mêlée au son peut avoir un impact très fort.
►L’un des arguments phares du web-documentaire, c’est son interactivité. Justement, comment cette interactivité peut-elle se gérer ? Quand tu interviewes le responsable multimédia du New-York Times, Andrew DeVigal, il dit une phrase très intéressante : « Si elle est forcée, l’interactivité peut très bien détruire un récit ».
L’interactivité est à manier avec précaution. L’internaute peut très vite se sentir perdu ou bien s’ennuyer. Par exemple, dans le Voyage au bout du charbon, on sent parfois qu’elle n’apporte rien et c’est dommage, ça casse un peu le rythme.
►L’autre argument, c’est la participation des internautes ? Quelles alternatives au simple « laissez un commentaire » ?
La participation des internautes est, je pense, une tendance qui est amenée à s’accentuer. Même un quotidien de référence comme le New York Times écarte les gardiens du temple (les journalistes, quoi :)) Dans le projet The New Hard Times, une série d’entretiens avec des gens qui ont vécu la crise de 1929, il y a davantage de sujets envoyés par les lecteurs que par la rédaction. Et le plus étonnant, c’est la qualité des productions du public.
►Côté production, on a l’impression qu’aux Etats-Unis, les acteurs « traditionnels » des médias restent quand même les principaux producteurs de web-documentaires… En France, le fait qu’une entreprise comme Upian soit à l’initiative de la plupart des wedocus ambitieux, n’est-il pas symptomatique du peu d’engouement des médias français, notamment la télévision, pour ce genre (Arte mise à part) ?
Culturellement, les Français ont moins le goût du risque que les Américains. Je pense qu’aux Etats-Unis - où le marché est beaucoup plus vaste, ne l’oublions pas - les chaînes ont compris que les web-documentaires étaient une façon d’élargir leur audience à des générations qui ont assimilé de nouveaux codes, notamment par rapport aux jeux vidéos et aux séries par exemple. Pour l’instant, ils investissent à perte car ils ont une vision à plus long terme. En France, c’est encore difficile. Le Monde, quand il accepte de diffuser un web-documentaire, ne paie pas grand chose aux producteurs. Chez Capa, on propose des projets innovants à de grandes chaînes comme France Télévisions. On verra bien leur réaction. A suivre…
► Un web-documentaire coûte cher. Est-ce qu’il y a des modèles qui émergent dans le financement ?
En France, le CNC est presque incontournable. Mais il ne finance jamais à ma connaissance plus de la moitié d’un projet. Beaucoup tombent à l’eau parce que leurs créateurs n’arrivent justement pas à trouver l’autre moitié du financement. Il faut aussi avoir conscience que beaucoup de web-documentaires n’en sont pas à l’origine : ils accompagnent un livre, un dvd, une exposition ou encore un documentaire classique pour la télévision.
► Même si le marché est encore embryonnaire, on a également l’impression que de plus en plus, des journalistes ou des photojournalistes tentent eux-mêmes l’expérience… Aux Etats-Unis, on connaît Mediastorm. En France, Ligne4…
Comme je disais, les diaporamas sonores sont, d’après ce que j’ai pu observer, les formats multimédia les plus répandus. C’est vrai que de plus en plus d’agences photo, comme Magnum, se mettent au multimédia. Brian Storm, fondateur de Mediastorm, était photojournaliste à la base. Même chose pour le Bombay Flying Club (un boîte de production de sujets multimédia crée par deux photojournalistes danois). Parce que la photo et le son peuvent être très forts et parce que ça coûte beaucoup moins cher à développer qu’un web-documentaire interactif.
► Avis personnel : est-ce que tu penses que ce genre va se développer à l’avenir, ou au contraire, la crise de la presse ne va-t-elle pas tuer dans l’œuf ces nouveaux formats ?
Je pense que ça ne peut que se développer ! Il y a comme un bouillonnement sur le net et beaucoup de journalistes et photographes y travaillent à perte ! Il n’y a qu’à attendre qu’un modèle économique se mette en place.
► Dernière question : un coup de cœur personnel pour un web-documentaire en particulier ?
Même s’il est très classique dans sa forme : Intended Consequences de Mediastorm sur le génocide au Rwanda. J’ai beaucoup aimé Thanatorama également.
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Quelques idées de lectures
- Le blog d’Emiland Guillerme, avec quelques interviews d’acteurs US du web-documentaire.
- Le site Interactive Narratives, qui répertorie la plupart des productions multimédia. Du très bon et du moins bon.
- Le site du CFPJ Lab. L’école de journalisme parisienne a consacré une soirée, qui sans être bouleversante d’originalité, est un bon point de départ pour entrer dans l’univers du web-documentaire.
- Une émission de l’Atelier des Médias avec les réalisateurs et les producteurs du voyage au pays du Charbon.
- Une interview de ??? (Hervé Chabalier à mon avis, merci 20minutes.fr !) sur les projets web et mobile de Capa.
Très intéressant

